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Le Gourou des Immatièrespar Alain Joséphine |
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Voilà en somme le pari que l’artiste doit relever à chaque représentation : persuader le public que c’est lui l’élu. Convaincre l’auditoire de marcher dans ses pas, l’emmener vers des sentiers de traverse qu’il ne soupçonnait pas, le tirer vers le lieu où le terrain s’élève, et d’en haut lui montrer ce qu’il ne pouvait pas voir. Bref, permettre à tous ceux qui l’écoutent d’accéder à une autre dimension de la perception. Pas la dimension de celle dont nous usons pour nous repaître de stimuli redondants et pauvres. Mais une qualité de perception qui pose l’œil et l’oreille, mais aussi le corps tout entier comme organe d’hyper réceptivité. Tension du corps au-dessus des tensions de la musique. A ce jeu de rôle, Kenny Garrett s’en sort magistralement.
Les notes sortent de son saxophone à un rythme effréné.
Malgré la vitesse, elles s’égrènent distinctement
comme un flot continu de perles. Le passage de la pénombre à la lumière ne ménage jamais la rétine. Ce qui est violent donc n’est pas tant le passage, c’est l’écart, c’est le brusque dénuement de nous–même devant l’évidence. Quelle évidence ? Celle qui nous renvoie à notre propre état et qui révèle l’instant d’un concert à la Kasa, en face de l’aveuglante lumière, l’immense profondeur de nos leurres. |
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Photos copyright "LaKasa
Music"
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Alain Joséphine - juin 2003 |
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