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Le Centre des Arts poursuit sa programmation jazz de qualité avec la venue le 02 juin prochain, de la chanteuse Dee Dee Bridgewater. Ce n'est pas une première pour cette artiste de renommée internationale, qui a déjà fait salle comble ici-même il y a quelques années. Dee Dee Bridgewater nous revient dans le courant de la tournée de son tout nouvel album "J'ai deux amours", et fort bien entourée comme souvent. Pour l'occasion, ce ne sont pas moins que Louis Winsberg (guitare), Minino Garay (batterie et percussions), Ira Coleman (contrebasse) et Marc Berthoumieux (accordéon) qui l'accompagnent. Crédits photos : Philippe Pierangeli.


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Denise Bridgewater naît sur les rives du Mississippi, à Memphis, Tennessee, le 27 mai 1950. Jazz et blues l’attendent au coin du berceau : son père, le trompettiste Matthew Garrett, l’une des pointures de la sphère swing locale, enseigne à la Manassas High School de Memphis (parmi ses élèves : Booker Little, Frank Strozier, George Coleman, Charles Lloyd, Harold Mabern, Phineas Newborn...). Lycéenne à Flint, Michigan, où elle a grandi, Dee Dee opte pour le chant et monte un trio vocal spécialisé dans le rock et le rhythm’n blues. En 1970, inscrite à l’Université de l’Illinois, elle rencontre et épouse l’un des piliers de l’orchestre maison, le trompettiste Cecil Bridgewater, puis le suit à New York lorsqu’il est embauché par Horace Silver.

Les années 70 commencent et, avec elles, les choses sérieuses. Dee Dee joue désormais dans la catégorie professionnels et s’attaque à pleine dents à la Grosse Pomme. Premier vrai job, dès janvier 1971, la place de chanteuse dans le big band de Jones et Lewis, qui se produit tous les lundis soirs au Village Vanguard. Elle y retrouve mari et beau-frère (Ronald Bridgewater, saxophoniste ténor et clarinettiste) et y reste jusqu’en 1974, peaufinant son apprentissage et gravant au passage le mémorable The Great One (Suite for Pops, A&M Records, 1972).

Miss Bridgewater ne s’en tient pas là. Elle explore avec avidité, du Nord au Sud, d’Est en Ouest, tous les lieux du Manhattan syncopé et collabore à un grand nombre de projets ou expériences. Entre autres : le Loud Minority Big Band du saxophoniste et arrangeur Frank Foster, la formation du bluesman Buddy Terry, celle, modale et libertaire, du saxophoniste Pharoah Sanders, les groupes du batteur Norman Connors, du percussionniste M’Tume ou du bassiste Stanley Clarke qui, entre free, funk et références afro, inventent une voie parallèle au jazz-rock…

En juillet 1973, dans le cadre du festival Newport in New York, la chanteuse participe à une relecture publique, à la St. Peter’s Church, de la sulfureuse et difficile Freedom Now’s Suite du batteur Max Roach (dans le quartet duquel joue aussi Cecil, décidément fort demandé en ces années- là) : sa réputation, parmi les musiciens, grimpe en flèche. S’enchaîneront alors quantité de gigs aux côtés, notamment, de Roy Haynes, Sonny Rollins, Dexter Gordon, Dizzy Gillespie, Cecil McBee, Billy Harper, Reggie Workman, Roland Kirk, Jeanne Lee, Heiner Stadler, Cecil et Ronald Bridgewater… Afro Blue, son premier album personnel, paraît en 1974, quasiment sous le manteau, produit par le label japonais Trio Records.

A partir de 1976, Dee Dee, qui vient de se séparer de Cecil Bridgewater, signe pour une major (Warner) et abandonne peu à peu les sentiers escarpés du jazz pour emprunter les lisses autoroutes du funk, de la disco et de la FM Music. Sur label Atlantic ou Elektra, elle publie une série de faces commerciales d’un intérêt aujourd’hui des plus limités. Sur scène, elle apparaît à Broadway, dans la comédie musicale The Wiz. En 1984, tête d’affiche d’une autre revue, Sophisticated Ladies, Dee Dee est à Paris. Divorcée une deuxième fois, en quête d’une vie plus douce, moins stressante, moins violente que celle de New York ; en quête, aussi, d’authenticité, elle décide de s’établir en France. C’est le départ d’une seconde carrière, l’amorce de son retour au jazz et l’aube d’une notoriété et d’un succès qui ne vont plus aller, désormais, que croissant. Au fil des ans, Dee Dee tisse sa toile parisienne. Elle tient le rôle de Billie Holiday dans la pièce Lady Day, participe à la création de l’opéra Cosmopolitan Greetings de George Gruntz et Allen Ginsberg, fait salle comble, au New Morning, à la tête d’un tout nouveau quartet où brillent le pianiste Hervé Sellin, le bassiste Tony Bonfils et le batteur André Ceccarelli… En 1990, consécration suprême, elle enregistre un duo avec Ray Charles, Precious Thing, qui la propulse au sommet des charts !

A l’instar de Joséphine Baker dans les années 30, la diva Black est devenue la coqueluche du public français, dont elle a adopté langue, manières et mode de vie. Télévisions, concerts, clubs, festivals… on la voit partout. Alors qu’Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Sarah Vaughan, Dinah Washington, Carmen McRae et Betty Carter ont disparu, elle est l’incarnation universelle de La chanteuse de jazz, experte ès-scat, à l’aise en tout contexte et sur tout tempo, sensue lle, nuancée et expressive. Ici, la sublime héroïne d’un Cabaret follement déjanté signé Jérôme Savary. Là, la soul sister accomplie de Bad for Me, ballade funky enregistrée en compagnie de sa fille China (China, Source 1996). Ou encore la prestigieuse invitée vedette de l’orchestre de Claude Bolling pour quelques recréations «ellingtoniennes» de derrière les fagots…

Dee Dee Bridgewater enregistre, dans d’excellentes conditions, et produit de remarquables disques de jazz pur. Keeping Tradition (1992) la présente en quartet avec Thierry Eliez (piano), Hein van de Geyn (contrebasse) et «Dédé» Ceccarelli. Love and Peace (1994), consacré à la musique d’Horace Silver, la voit croiser le fer avec le maître lui-même, Jimmy Smith à l’orgue et les incontournables frères Belmondo - Stéphane (trompette) et Lionel (sax ténor) -, champions du groove made in France. Dear Ella, enfin, gravé à New York, Los Angeles et Londres en 1997, somptueux hommage rendu à Ella Fitzgerald, affiche un casting éblouissant : Lou Levy (piano), Kenny Burrell (guitare), Milt Jackson (vibraphone), Ray Brown (contrebasse), Grady Tate (batterie), Slide Hampton (trombone), Cecil Bridgewater (trompette), Antonio Hart (saxophones)…

Saisi à vif dans un club d’Oakland (Californie) les 23, 24 et 25 avril 1998, Live at Yoshi’s est un véritable feu d’artifice. Soutenue par une section rythmique superlative - Thierry Eliez (piano et orgue), Thomas Bramerie (contrebasse) et Ali Jackson (batterie) -, Dee Dee Bridgewater est tout simplement impériale. Une musicienne à part entière, conjuguant énergie, virtuosité, swing, grâce, humour et bonheur de jouer pour un tour d’horizon complet des atmosphères jazzy. Caressante ou joviale, soyeuse ou canaille, sombre ou extraordinairement lumineuse, la voix explore tour à tour scat, bop et tradition mainstream (Undecided, What a Little Moonlight Can Do et Cotton Tail, pris sur tempi d’acier), ballades (Slow Boat to China, Stairway to the Stars, Midnight Sun ), hard-bop musclé (Cherokee) et funk plus ou moins relevé (un court Get Up I Feel Like Being a Sex Machine, preaché façon James Brown et un long (14 mn) Love for Sale délicieusement déstructuré et revisité à la manière du Herbie Hancock de la période Headhunters). En 2002, Dee Dee présente This Is New, en hommage à la musique de Kurt Weill. La révélation était en venue en 2000 en Pologne, à l'occasion d'un hommage théâtral à l'auteur.


Liens


Discographie (extraits) :

2005
J'ai Deux Amours
2002
This Is New
2000
Live at Yoshi's
1997
Dear Ella
1996
Prelude To A Kiss: The Duke Ellington Album
1995
Love And Peace (Tribute To Horace Silver)
1993
Keeping Tradition
1991
In Montreux
1990
Victim Of Love feat. Ray Charles
1987
Live In Paris
1980
Dee Dee Bridgewater
1979
Bad For Me
1978
Just Family
1976
Dee Dee Bridgewater
1974
Afro Blue

Concert :

Dee Dee Bridgewater (vcl), Louis Winsberg (guitare), Minino Garay (batterie et percussions), Ira Coleman (contrebasse) et Marc Berthoumieux (accordéon)

Le 02 juin 2005 au Centre des Arts et de la Culture - à partir de 20h00 - Salle Toussaint Louverture - Entrée : 30 € (tous publics) / 26 € (CE, titulaires de la carte de fidélité du Centre des Arts) - renseignements & réservation : 0590 82 79 78 ou 0590 83 83 79

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