Avec
Captain Mercier, Jacques constitue pour la première fois un véritable
all-stars du jazz-funk à la française, ou plutôt
du rhythm’n’funk comme il le définit lui-même.
Au départ, le groupe est né de la collaboration avec Gilles
Douieb, bassiste et ami de longue date. Ce dernier tournait alors avec
les frères Cinelu au sein de la formation de jazz-rock Chute
Libre, puis dans un groupe de salsa delirium. Un premier essai non transformé
de collaboration avec Jacques Mercier au chant – l’enregistrement
n’a jamais atteint les bacs des disquaires – et puis à
partir de 1989, la formule Captain Mercier a commencé à
se mettre en place. « Deux idées originales sont à
la base du groupe, se démarquer du son à l’américaine,
et ajouter du chant alors que la majorité des formations de ce
style sont instrumentales » explique Jacques. Et ça
marche puisque aujourd’hui « des gens viennent nous
voir et nous disent – tiens j’ai écrit un morceau
dans le genre Captain Mercier » rapporte Gilles Douieb. Au
départ le groupe est parti de standards francisés pour
l’occasion, mais désormais le ré
pertoire
est presque exclusivement constitué de compositions originales.
On est peu à peu passé de l’anglais au français.
Qui plus est, la formule du groupe s’étant stabilisée,
les morceaux sont véritablement écrits pour le groupe,
en fonction de la personnalité et du style de chacun –
du véritable sur mesure ! Et cela se voit sur scène. Chacun
y va de son petit numéro, et tous les autres poussent à
la roue, tout est possible sur scène – et Benoît
Sourisse, par ailleurs époustouflant, a bien failli se faire
voler son clavier en plein chorus ! Si un chorus part bien, on le laisse
continuer jusqu’à plus soif. D’ailleurs le Live leur
va comme un gant, et si tout se passe bien, le prochain album sera enregistré
en public. Ce sera un couplé CD-DVD qui promet de ne pas être
ennuyeux.
C’est d’ailleurs parce qu’ils sont
toujours en concert partout en France que la consécration est
arrivée aux Victoires du Jazz 2003. « Déjà,
être nominés a été une surprise »
dit Gilles. Ensuite, « le vote du public s’est fait
par Internet sur le site Jazz Valley, il y avait donc une vraie démarche
volontaire à avoir pour voter, et le fait d’avoir tourné
dans toute la France depuis plusieurs années nous a valu cette
belle récompense, le Prix du Public » s’exclament
quasiment en chœur Jacques et Richard Arame. Alors, même
si aujourd’hui Captain Mercier ne fait pas vivre ses membres à
cent pour cent – tous tournent par ailleurs avec les plus grands
du jazz et de la pop en France, des portes s’ouvrent tout à
coup. Et le Captain tente de surfer sur la vague. Les portes des Festivals
s’ouvrent. A suivre cet Eté !
En
attendant, le groupe est donc de retour aux Antilles. Parce qu’en
vérité, ils connaissent bien le coin. « De 89
à 96, on venait deux fois par an. On s’installait à
Gosier, et ensuite on écumait tous les bars et les hôtels
de la Grande Terre, de Saint-François jusqu’à Gosier.
On a joué à l’Endroit, au Méridien…
» se souvient Gilles. Alors revenir aujourd’hui est
apprécié de tout le monde. « En plus les tournées
un peu longues sont des tests importants pour le groupe. On vit ensemble
toute la journée, ça permet de souder l’ensemble.
C’est aussi un excellent test pour notre musique. On apprend à
jouer plus librement, beaucoup de morceaux se rodent au fur et à
mesure. Au bout du compte, on peut dire que l’on forme un véritable
groupe. Ceux qui ne voulaient pas rester – ce qui n’est
pas un jugement, c’est normal quand on est dix – sont partis
et les autres forment une vraie unité » insiste Jacques.
« Et puis, moi, ça me fait particulièrement
plaisir de venir jouer chez moi » rappelle le régional
de l’étape (comme l’appelle Jacques), Richard Arame,
guitariste émérite originaire du Moule. « En
plus c’est important de venir jouer ici une musique comme celle-ci.
Ca change les gens de la musique locale, mais souvent ça prend
bien, et ça peut vite devenir très chaud »
dit Richard. En plus on fait souvent des rencontres. « Une
fois, dans le hall de l’hôtel, on est tombé sur Mario
Canonge et toute la bande, on se serait crû rue des Lombards
! » s’exclame Claude Egéa.
Et l’Internet dans tout ça ? Tous réagissent
immédiatement. « De toutes façons, on est tous
connectés, aujourd’hui c’est indispensable. Déjà
pour gérer un groupe comme le nôtre, c’est le moyen
idéal de communication. » dit Jacques. « En
plus, c’est le moyen par excellence pour communiquer avec le public.
Tu fais ton site, et c’est immédiat, pas d’intermédiaire,
et tu es visible dans le monde entier. Par exemple, j’ai fait
ce site sur Vince Taylor parce que rien n’existait sur lui. Ca
correspond pour moi à une période de ma vie, à
des rencontres importantes. Je voulais combler une lacune et faire partager
aux autres mes souvenirs et mes émotions ». Gilles
est un peu plus mesuré : « J’ai toujours un peu
peur de blesser les gens en donnant un point de vue personnel qui n’est
peut-être pas partagé par tout le monde, c’est le
risque de l’absence de modération, même si finalement,
personne n’est obligé de lire ce qui ne lui convient pas.
» Et la musique sur Internet ? « C’est vrai qu’au
départ on est flattés d’être piratés
! Pour La Vie en Funk, c’est incroyable, les morceaux étaient
sur le net avant la sortie de l’album ! » dit Gilles.
Ceci dit, le piratage est un véritable problème. Richard
explique « Aujourd’hui, il n’y a rien de défini,
ce qui permet ce grand flou autour du téléchargement.
Il faudrait que les maisons de productions arrivent à définir
une vraie politique autour de ce phénomène. Le piratage
d’un artiste peut dans certains cas le faire couler complètement
! ». « Le téléchargement doit pouvoir
être rendu possible à condition qu’il y ait des règles
derrière, limitation du nombre de copies par exemple. La distribution
de la musique via Internet est certainement un moyen qui a de l’avenir
mais qui doit d’abord être repensé » ajoute
Jacques.
Dans
ces albums, Captain Mercier essaie d’intégrer au fur et
à mesure des influences nouvelles, mais rien n’est prémédité.
Chacun apporte ses références et elles sont multiples.
Petite illustration avec quelques exemples des derniers coups de cœur
musicaux. Pour Richard Arame, la période est propice à
un retour sur les Bob Marley de la belle époque – ça
rappelle les Antilles en plus – mais parfois se fait sentir le
besoin impérieux d’écouter de la musique sans batterie.
Ces temps-ci, c’est Le Mandarin Merveilleux de Béla Bartok
qui est à l’honneur. Gilles se laisse guider par ses amis
qui lui font découvrir des choses étonnantes, le dernier
en date, une fusion pop rock reggae africaine complètement délirante
dont il n’a malheureusement pas retenu le nom. Si quelqu’un
a une idée, faites-nous signe, on transmettra. Quant à
Jacques, il ré-écoute souvent ce qu’il appelle affectueusement
des vieilleries, mais finalement les fondements du Captain : Deodato,
Ray Charles, Otis Redding… Tout cela explique bien des choses
!