Le Bananier Bleu
: Peux-tu nous rappeler ton parcours musical particulièrement riche
?
Patrick Marie-Magdelaine : J'ai commencé
ma carrière professionnelle à 17 ans en écumant la
région de Reims avec les orchestres de danse, puis les petits combos
de jazz. Je suis ensuite allé étudier au Centre d’Information
Musicale (CIM) à Paris. Cette ville est vraiment un lieu de rencontre
pour les musiciens. A Paris j’ai intégré diverses
formations qui jouaient des styles variés, de la chanson au jazz,
de la fusion… On se produisait dans des soirées, dans les
clubs et les festivals comme Jazz à Vienne ou le JVC jazz festival
de Nice.
C'est à cette époque que j’ai rencontré le
bassiste camerounais Noël Ekwabi qui m’a proposé d'auditionner
pour une tournée japonaise avec le chanteur congolais Papa Wemba.
Il s'en est suivi douze années de voyage et de rencontres avec
cet artiste considéré comme l'une des plus belles voix de
l'Afrique.
Avec Papa Wemba, j'ai connu l'aventure des premières parties de
Peter Gabriel en 1994 aux Etats-Unis et en Europe, le concert de passation
de pouvoir entre Nelson Mandela et Thabo Mbeki en Afrique du Sud, un grand
moment… J'ai accompagné aussi Geoffrey Oryema de l'Ouganda,
Coco Mbassi du Cameroun, King Mensah et Afia Mala du Togo, la chanteuse
saxophoniste suédoise Sofi Hellborg dont le répertoire s'inscrit
fortement dans les styles afro-beat et drum&bass. Je me suis intéressé
au Son cubain ce qui m'a donné l'occasion de jouer le très,
cette petite guitare à la sonorité très typée
qui remplace le piano dans les groupes de Son. J'adore chanter les chœurs
et jouer le très dans ce répertoire. J'ai aussi joué
la musique traditionnelle de la plaine colombienne et de la salsa comme
bassiste.
Ma dernière rencontre c'est Manu Dibango, nous nous sommes croisés
plusieurs fois lors de la promotion de mon album dans les studios d'Africa
N°1 avec Robert Brazza et pour son émission du dimanche. Nous
avons alors jammé dans les studios de Radio Nova. Le feeling est
si bien passé que je me suis retrouvé sur scène pour
quelques concerts avec son orchestre le mois dernier et on remet ça.
Nous serons au Casino de Paris le 20 mars ! J'y ai retrouvé mon
ami Noël Ekwabi qui se trouve être son chef d'orchestre depuis
dix ans.
Parallèlement à ces aventures musicales j’ai toujours
gardé le contact avec le jazz plutôt latin avec mon ami Laurent
Erdös fondateur du big band Mambomania. Nous expérimentions
un quartet basé sur des compositions du vibraphoniste Cal Tjader,
de Dizzie Gillespie, Poncho Sanchez, nous jouions des cha cha, mambos,
boogaloos etc... Ce quartet était composé de Manu Bizeau
aux congas, Joël Dobat contrebasse, Laurent Erdös vibraphone
et moi même à la guitare. Le mariage de ces deux instruments
produit un son vraiment magique.
LBB : Pourquoi avoir attendu si longtemps avant
de présenter ton premier album sous ton nom ?
PMM : Mieux vaut tard que jamais ! Ce
n'est pas si évident d'engager une carrière solo, il y a
beaucoup de musiciens, beaucoup de propositions, il faut se sentir prêt
et se lancer sans trop "cogiter". En plus, le parcours éclectique
est comme un piège, on se retrouve constamment dans l'apprentissage
de nouvelles connaissances, on est sur plusieurs terrains à la
fois ; on est riche d'expériences et d'émotions musicales
tellement diverses qu'on peut avoir l'impression de se perdre. Il faut
du temps pour vivre, mûrir toutes ces diversités musicales
et se retrouver. Après tout, à chacun son rythme ! Le principal
c'est bien d'avoir commencé !
L'idée a germé après une série de concerts
parisiens au Petit Opportun et aux 7 Lézards dans le Quartet Créole
de Joêl Dobat contrebassiste, avec au piano Alain Jean-Marie, aux
percussions Arnold Moueza et moi même à la guitare, j'ai
eu envie de continuer l'expérience en jouant des compositions originales.
J'ai pensé qu'il était temps en 2006 d'enregistrer mon premier
album. D'ouvrir cette bonne bouteille qui attend d’être dégustée
depuis tant d'années. Un nectar complexe qui ne demandait qu’à
être apprécié de tous sans modération. Ce qui
est paradoxal c'est que tout s'est passé rapidement à partir
du jour ou j'ai décidé d'enregistrer cet album ; seulement
trois jours de prises !
LBB
: L'album s'appelle « Caribbean Cool Jazz », il se démarque
plutôt de ce que tu as fait jusque-là. C'était enfin
l'occasion de présenter la musique qui te tient à cœur
?
PMM : Absolument ! Ma vie de musicien
est essentiellement constituée par l'accompagnement de chanteuses,
chanteurs, alors que mes premières amours vont vers le jazz, la
musique improvisée avec la notion de liberté, chacun s'exprimant
à sa manière selon sa vraie personnalité.
Attention je ne dénigre pas la voix ni les chanteurs. J'aime chanter,
j'adore la voix qui est le premier instrument, l'action de chanter est
très jouissive et j'aime accompagner. Je n'oublie pas non plus
que les standards de jazz sont souvent des chansons !
LBB : L'appellation "cool jazz" n'est
pas innocente. Pourquoi cette appellation ?
PMM : En effet le cool jazz est un courant
musical qui commence vers la fin des années 40 avec notamment Miles
Davis et son Birth of cool. Après le be-bop et ses tempi très
rapides, le cool jazz ralentit la vitesse d'exécution et travaille
sur le son, la détente et une certaine sobriété aérée.
Le cool jazz a remporté un vif succès sur la côte
ouest des Etats-Unis auprès de musiciens comme Chet Baker, Stan
Getz, Dexter Gordon, Art Pepper, pour donner naissance au West Coast Jazz.
Cette rafraîchissante cool attitude correspond tout à fait
naturellement à ma personnalité et à ce que je voulais
exprimer dans ce premier album.
LBB : On retrouve beaucoup d'influences dans ta
musique, latin, caraïbe, africaine mais bien sûr jazz, et difficile
de ne pas penser à Wes Montgomery en écoutant le disque...
PMM : Le Jazz est bien évidemment
le dénominateur commun à toutes ces influences africaines
et caraïbes qui me tiennent à cœur. Wes Montgomery est
toujours la référence pour beaucoup de guitaristes et de
plus, toutes ses sessions avec le regretté Ray Barreto aux congas
ont toujours été inspirantes et stimulantes à mes
oreilles. C'est déjà du jazz latin. J'apprécie aussi
d'autres guitaristes comme Jim Hall pour sa notion de l'espace temps et
sa sensibilité, Pat Martino et bien d'autres.
LBB : Tu as réuni une équipe très
métissée, de l'Afrique à l'Amérique en passant
par la Caraïbe. Parle-nous de tes musiciens.
PMM : Cette équipe s'est constituée
tout naturellement, j'ai appelé mes amis et ils ont répondu
présent sans hésitation. Je travaille avec le guadeloupéen
Arnold Moueza depuis pas mal d'années. C'est un excellent percussionniste
qui connaît bien les rythmes des caraïbes. Il a travaillé
entre autres avec le pianiste cubain Alfredo Rodriguez.
Valery Lobé vient du Cameroun, je l'ai rencontré lors d'une
séance vers 1991, je me souviens que Thierry Vaton était
aussi présent à cet enregistrement. Par la suite j'ai retrouvé
Valery en 1995 dans le Molokaï de Papa Wemba, (à cette époque
il me disait que j'aurais déjà dû enregistrer un ou
deux albums). Valery Lobe est un batteur qui possède une assise
remarquable ainsi qu'une connaissance des rythmes sans pareil. Il a une
grande expérience musicale, Salif Keita, Manu Dibango, Papa Wemba,
Don Cherry, Sam Mangwana, Ultramarine etc.
Quant au bassiste, on ne présente plus Guy Nsangué illustre
représentant de l'école de basse camerounaise. Son CV est
éloquent, Kassav, Jean-Luc Ponty etc... Il a rejoint le Molokaï
de Papa Wemba en 1998 et nous avons eu l'occasion de donner beaucoup de
concerts ensemble.
Enfin au piano Tom Mc Clung de New York que j'ai rencontré plus
récemment par Arnold. Ils accompagnaient alors le rappeur dominicain
Mangu. Lorsque j'ai entendu jouer Tom j'étais tout de suite persuadé
d'avoir trouvé le pianiste idéal pour mon projet. Nous avons
assuré quelques gigs en duo dans un répertoire de standards
avec beaucoup de plaisir. L'aventure pouvait alors commencer ! Tom est
américain : il a la culture du jazz. Il accompagne entre autres
Archie Shepp, et il a l'expérience des musiques caribéennes.
Il est très ouvert. J'aime beaucoup son expressivité et
sa générosité. J'aime jouer avec lui.
J'ai réuni là une équipe de choix, ces musiciens
sont talentueux et j'ai eu beaucoup de chance d'avoir pu les réunir
pour ce premier album.
LBB : Des projets de tournée en cours ?
Quel est l'avenir du Caribbean Cool Jazz de Panama ?
PMM : J’espère une
longue vie au Caribbean Cool Jazz et nous y travaillons dans la bonne
humeur en restant cool. J’ai un concert programmé pour la
Foire de Paris le samedi 28 avril, à 18h. Nous travaillons aussi
pour monter une tournée dans la Caraïbe : je reçois
des propositions de concerts pour ce printemps en Guyane, en Guadeloupe
et à la Martinique. J'espère le festival de Cayenne à
l'automne.
Des festivals en France, sur l'ile de Ré, en Charente-Maritime
et en Belgique sont en prévision. J'espère bientôt
enregistrer le prochain album et je souhaite développer un projet
avec les musiciens du fleuve dans le Grand Ouest guyanais. Pour suivre
mon actualité, il faut se connecter sur myspace.com/patrickmariemagdelaine
et sur le Bananier Bleu ou MusicMetis.com
!
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