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Le Jazz-Ka et les évolutions du Ka moderne, ont actuellement le vent en poupe. Les racines musicales guadeloupéennes sont à la base de nombreux projets musicaux, et dans des registres très variés, allant de formes traditionnelles au chant, et bien sûr au jazz. Au sein de cette dernière tendance Franck Nicolas est certainement l'un des mieux placés pour fondre en un seul langage l'héritage des tambouyés guadeloupéens et le discours du jazz standard nord américain. Il nous propose aujourd'hui "Papillon Ka : Jazz Ka Philosophy 2" - le volume 1, dont nous avons déjà parlé ici, est à venir prochainement.


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Titre : Papillon Ka - Jazz Ka Philosophy 2
Interprète : Franck Nicolas

Année : 2005
Référence : 777K

Personnel : Franck Nicolas (tp, bugle, conque), Eric Vinceno (b), Sonny Troupé (marker ka), Michael Voitus (boula ka), Louis Allèbe Montjoly de Montaigne (perc), Keyko Nimsay (vcl)


Enregistré à Valfaunès, 8 & 9 nov. 2004

Titres :
1- Danse à Soley - 4'11 - écouter
2- Danse à l'Anmou - 4'26
3- Ti Zozio Ka - 5'02
4- Papillon Ka - 5'27- écouter
5- Mama Blues Ka - 2'57- écouter
6- l'Océan Ka - 6'00
7- Cyclôn Ka - 4'22

Gwada Mix 2 : (tp & perc uniquement)
8- Danse à Soley - 4'11
9 - Danse à l'Anmou - 4'26
10 - Ti Zozio Ka - 5'02
11 - Papillon Ka - 5'27
12 - Mama Blues Ka - 2'57
13 - l'Océan Ka - 6'00
14 - Cyclôn Ka - 4'22

Toutes les compositions sont de Franck Nicolas


Papillon Ka - Jazz Ka Philosophy 2
Alain Joséphine


Dans les différentes définitions que revêt le terme philosophie, l’une d’elle pose cette activité comme le «principe général sur lequel se fondent, la réalisation, le fonctionnement d’un système, d’un mécanisme». Avec «Jazz Ka Philosophy 2, Papillon Ka», Franck Nicolas nous livre le fruit d’un travail qu’il mène avec assiduité autour de la rythmique Ka. Avec une cohérence simple et claire, (chacun des morceaux étant construit sur l’un des 7 rythmes majeurs du Ka), le trompettiste expose ses thèmes avec une belle efficacité, un son bien rempli et en même temps très timbré.

La musique que développe le concept Jazz Ka Philosophy est singulière. En effet, à partir des rythmes ka, Franck Nicolas intègre des schémas harmoniques qui ne font plus référence au système modal caractérisant le gwo-ka modèn’. On est ici plus proche d’une musique dont la part jazz se rapproche davantage d’une sensibilité occidentale. Ce qui ne veut pas dire pour autant que l’on se situe dans une logique semblable à la démarche de David Murray, où les ka constituent finalement une sorte d’alibi pour un jazz plus exotique. Au contraire, le phrasé de Franck Nicolas fait une part belle aux syncopes et autres ruptures rythmiques, qui marquent bien le caractère somme toute caribéen de sa musique.

L’album «Papillon Ka» se compose de deux fois 7 morceaux (14 en tout : les 7 premiers avec basse, les 7 derniers remixés sans la basse) qui passent en revue les 7 rythmes du ka. La formule est simple puisqu’on retrouve Franck Nicolas (trompette, conque de lambis), Eric Vincenot (basse), Sonny Troupé (ka), Michael Voitus (ka), Louis Allèbe Montjoly de Montaigne (percussions), Keyko Nimsay (chant). Le matériau harmonique étant réduit à sa plus simple expression il faut saluer le travail d’Eric Vincenot à la basse qui, non content de tenir sa ligne, nous gratifie de superbes accords qui viennent soutenir le chant de la trompette. Cette dernière d’ailleurs n’est pas en reste puisque dans le deuxième mix, seule face aux kas et privée de basse, elle fait montre d’une belle présence tant par sa sonorité que par le jeu extrêmement sûr de Franck Nicolas.

Instant t d’un cheminement, ou état d’une recherche, l’album « Papillon Ka » est une œuvre équilibrée dans sa forme globale comme dans la tenue de chaque morceau. Tellement équilibrée qu’on aurait peut être souhaité sentir un petit vent de folie pour ébranler cette belle architecture.

Néanmoins il faut apprécier à sa juste valeur d’une part, l’importance de ce nouvel opus dans la sphère du Ka «jazzé», puis d’autre part, et ce n’est pas la part la moins importante, la sincérité d’un projet qui le détermine comme une réelle démarche artistique, c’est à dire un chemin emprunté dont les risques oblitérés à chaque pas, forcent la beauté.

juin 2005 - Alain Joséphine

juin 2005 - Interview de Franck Nicolas
à l'occasion de la sortie de "Papillon Ka : Jazz Ka Philosophy 2"

Le Bananier Bleu – Enfin un disque de Franck Nicolas sur le marché, attendu par tous et depuis trop longtemps. Pour l’occasion, c’est l’expression de ton Jazz Ka qui est mise à l’honneur.

Franck Nicolas - Je suis à la fois, très fier et très heureux d’avoir pu trouver véritablement ma voie dans la musique avec « Jazz Ka Philosophy ». J’ai joué, et je jouerai encore les standards de jazz car selon moi, c’est la musique où la technique instrumentale et la recherche mélodique spontanée sont les plus poussées. Cependant, à un certain moment de ma vie, j’ai compris qu’il y avait quelque chose en moi qui avait envie de sortir et d’exploser comme un cri, un cri de douleur, un cri de joie, un cri d’amour, un cri d’espoir… C’est le cri du sang qui coule en chacun de nous dans nos veine, c’est notre héritage culturel. Je suis donc heureux de pouvoir exprimer absolument sans aucune concession ni retenue, tout ce qui bouillonne en moi. En ce sens, « Jazz Ka Philosophy » est une « terre » de total épanouissement de l’âme et de l’esprit pour moi. Petit, je voulais être comme Miles Davis, Lee Morgan, Freddie Hubbard ou Marsalis, jouer la même musique qu’eux etc., mais paradoxalement je ne me suis jamais autant senti aussi proche de ces grands musiciens, qu’en m’en éloignant pour faire ma propre musique. Enfin, après toutes ces années, j’ai l’impression d’être arrivé à un résultat : je joue du Franck à cent pour cent et ça à l’air de toucher les gens !

LBB – Tu as délibérément pris le parti pris d’une orchestration minimaliste.

FrN - Dans cet album « Jazz Ka Philosophy » 2, j’ai voulu tracer des lignes mélodiques pures et roots. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai souhaité n’avoir que la base du Jazz Ka, le Ka et la basse accompagnant et discutant en permanence avec la trompette. J’ai également tenu a ce que les morceaux apparaissent une deuxième fois sur le CD, (uniquement avec le tambour et la mélodie), car cela permet de mettre véritablement en valeur le Ka. Je ne cache pas que ces deuxièmes mixages sont destinés à la danse traditionnelle, et je serais honoré de voir un jour ces morceaux utilisés dans des écoles de danse ou par des danseurs amateurs ou professionnels.

LBB – Qu’attends-tu de la sortie de ce disque ?

FrN - J’espère que « Jazz Ka Philosophy » 2 plaira au public averti comme non averti ! Et qui sait, un jour peut-être mon travail sera reconnu en Guadeloupe, et partout ailleurs. En tout cas, c’est mon vœu le plus cher !

LBB – Un soin particulier a également été donné à l’illustration du disque.

FrN - Quand Michel Rovélas m’a donné l’autorisation d’utiliser son tableau pour ma pochette de disque, j’ai sauté de joie, car j’admire sa peinture depuis l’adolescence. Dans ses toiles on trouve, loin des clichés touristiques, une authentique image de la Guadeloupe et c’est exactement ce que je tente de faire avec mon art, le Jazz Ka.

LBB - On voit émerger actuellement énormément de projets musicaux autour du Ka moderne, du Jazz Ka et même du Gwo Ka plus traditionnel. Des musiciens "étrangers" s'intéressent de près à cette forme d'expression. La diversité des résultats témoigne de la richesse de la source. Comment vois-tu l'évolution de ce courant ? Comment te situes-tu dedans ?

FrN - C’est une très grande chance que le Gwo Ka se démocratise, une chance énorme pour la Guadeloupe ! Car elle va pouvoir enfin montrer au monde ses vraies racines, ses vraies couleurs… Le Jazz Ka, quant à lui, sert vraiment la cause de la Guadeloupe. En jouant un peu partout dans des festivals de jazz, on réussit peu à peu à donner au public une autre image des Antilles, une image plus « savante » et moins en « bas de la ceinture » et ça ne peut faire que du bien à tout le monde… De la même façon, je suis très fier, en tant que Guadeloupéen, que des musiciens de jazz de renommée mondiale comme David Murray ou Kenny Garrett s’intéressent au « ka ». C’est une chance d’ouverture vers le monde extérieur. Le seul danger éventuel que je vois apparaître, ce serait que ces musiciens jouent avec le « ka » mais ne tiennent pas trop compte de la façon rythmique et mélodique avec laquelle on doit jouer avec ce tambour. Mais c’est à nous d’imposer notre culture ! Pour ma part, je suis en train, avec toute mon équipe, de créer un tout nouveau langage musical et je constate que les gens de toutes races et de toutes couleurs, le découvrent et l’apprécient ! Je suis content qu’il y ait d’autres groupes qui travaillent avec le « ka » car cela crée une excellente émulation ! Mais j’avoue aussi être fier d’avoir, le premier, emmené le « ka » à New York pour le « marier » avec le jazz, sans lui enlever son caractère traditionnel, en le respectant en jouant avec ses rythmes et ses articulations mélodiques ancestrales ! Pour moi le « ka », c’est le passé certes, mais c’est surtout l’avenir, le Jazz Ka, c'est la musique du 21e siècle, alors Vive la Guadeloupe et Vive le « Ka » !

LBB – Quels sont tes projets actuellement ?

FrN - En ce qui concerne les projets immédiats, nous allons tenter de faire connaître mon autre concept qui s’appelle « Manioc Poésie », projet où il y du chant, et dans lequel pour la première fois, les auditeurs vont pouvoir entendre ma voix, (donc attention aux oreilles cela risque d’en choquer plus d’un,) mais la définition même de l’art n’est elle pas synonyme d’une grande prise de risque, et d’oser toujours plus, quoi qu’il advienne ? Et puis au cours de l’année 2006 nous allons sortir le « Jazz Ka Philosophy » 1.

LBB - Merci Franck.

FrN - Merci à toi.

Propos recueillis par Christophe Jenny - juin 2005

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