Accueil - Le Bananier Bleu

Franck Nicolas a aujourd'hui des ailes. Longtemps frustré par la difficulté inhérente à l'autoproduction de disques, Franck a finalement trouvé un producteur qui croit en lui, et lui donne les moyens d'exprimer sa musique. Ses musiques en fait, car les idées fourmillent. Après "Papillon Ka", et avant "Jazz-Ka Philosophy", à sortir très prochainement, voici donc "Maman Gwada", avec sa formation Manioc Poésie. C'est à toute la musique caribéenne traditionnelle que Franck s'attaque donc aujourd'hui, avec une palette musicale plus large que dans le Jazz-Ka. Les harmonies et les rythmes y sont donc plus variés, le chant y est également présent, et les références à l'Afrique, du Nord ou Centrale, y sont récurrentes. Présentation.


Biographie | "Maman Gwada" | Interview | "Jazz Ka Philosophy " | "Papillon Ka "



 

Titre : Maman Gwada
Interprète : Franck Nicolas & Manioc Poésie

Année : 2006
Référence : 077/KA

Personnel : Franck Nicolas (tp, vcl, conque), Keyko Nimsay (vcl), Jean-Christophe Maillard (g), Frédéric Léger (cb), Louis Allèbe Montjoly de Montaigne (balafon, tabla, kalimba, ti-bwa, perc), Sonny Troupé (marker ka), Michael Voitus (boula ka), Arnaud Dolmen (marker ka)


Enregistré : Studio de Valflaunès - 23-26 septembre 2005

Titres :
1- Manioc Poésie - 5:31
2- An Kann La - 4:59 - Extrait
3- Madinina Ka - 5:11
4- Dans le Ventre de ma Maman - 4:00 - Extrait
5- Soley Gwadloup - 3:57 - Extrait
6- Kokiyaj - 2:27 - Extrait
7- A Ka Simone - 3:13
8- Le Minou - 4:21
9- La Lune - 5:30
10- Maman Gwada - 4:09
11- Bébé - 3:34
12- Maman Soufrière - 4:17
13- Zéphyrin Zéphyrine - 2:53
14- Bébélé - 5:02
15- Maman Kolé - 1:09
16- Sept Secondes de Silence pour les Mères qui Ont Lutté pour les Libertés - 0:07
17- Bébé Mix Fun - 3:33

Paroles et musiques composées par Franck Nicolas.


avril 2006 - Interview de Franck Nicolas
à l'occasion de la sortie de "Maman Gwada"

Le Bananier Bleu - Après « Papillon Ka » en 2005, tu reviens cette année avec une nouvelle variation autour du ka et du jazz, « Maman Gwada », enregistré avec la formation « Manioc Poésie ».

Franck Nicolas - En entrant dans le nouveau millénaire, il me fallait, en tant qu’artiste musicien, trouver de nouvelles voies à explorer et de nouvelles portes à franchir ! Je suis toujours à la recherche de nouveautés et toujours en quête d’originalité ! Quand j’ai créé le concept « Jazz-Ka Philosophy » à New York en 2002, j’ai voulu faire évoluer le gwoka vers de nouveaux horizons encore inexplorés ! J’ai pris beaucoup de risques, car même si j’ai utilisé les bases traditionnelles du ka, j’ai marié ces dernières au jeu harmonique du jazz new yorkais d’aujourd’hui, et ceci sans aucune retenue ! Je suis guadeloupéen, et pourtant je suis aussi bien un enfant de Miles, de Coltrane, de Monk que de Vélo, Kafé ou Lockel ; j’ai voulu relier toutes les influences qui étaient en moi et j’ai créé tout naturellement, mon Jazz-Ka, qui est 100% gwoka et 100% jazz ! Mais cette musique est instrumentale, il me fallait aller plus loin dans les expériences avec le ka, et j’ai créé le concept « Manioc Poésie ». C’est un Jazz-Ka chanté, qui se tourne vers le monde ! En ce sens j’ai voulu représenter toutes les cultures qui composent la société Antillaise d’aujourd’hui : l’Afrique avec le balafon, la kalimba, l’Inde avec les tablas, le Liban, la Syrie avec le chant de Keyko Nimsay, l’occident avec les harmonies Jazz d’influences coltraniennes, et la Guadeloupe proprement dite avec le ka, la konk a lambi et le son de ma trompette ! C’est une vision assez avant-gardiste qui risque de heurter les sensibilités conservatrices, mais je suis un musicien qui pratique un art authentique sans concessions, je vais là où mon esprit m’emmène, sans aucune limite. Je regarde devant et fonce vers l’avenir ! J'ai voulu dédier ce CD aux femmes et plus particulièrement aux mères, car j'ai constaté qu'il y avait à chaque fois de plus en plus de femmes qui venaient écouter le jazz ka en concert, et beaucoup plus que le jazz classique par exemple ! J'ai constaté aussi que Manioc Poésie avait un fort succès en live auprès de la gente féminine et c'est pourquoi j'ai tenu à ce que cet album leur soit entièrement dédié ! Aussi, j'espère qu'elles seront réceptives et sensibles aux compositions de cet album de jazz ka !

LBB - Dans ce disque tu chantes, d'où t'es venu cette envie, et souhaites-tu poursuivre à l'avenir ?


FrN - Je voulais simplement mettre des mots sur les mélodies de ma trompette ! Pour tout dire, j’ai fait appel d’abord à Patrick St-Eloi. J’ai gardé un contact avec lui depuis l’époque de mon premier groupe de jazz-rock, Maggnetick. Il venait souvent nous écouter et un soir il a fait le bœuf avec nous ; ce fut une super expérience ! Je lui ai donc demandé de chanter sur « Manioc Poésie » car j’aime beaucoup sa voix et j’adore sa musicalité. Malheureusement, il était en pleine réalisation de son prochain album et n'était pas disponible. Je n'ai pas insisté et j’ai donc chanté pour la première fois sur l'un de mes disques. Je ne suis pas un chanteur mais un trompettiste qui chante ! J’ai une voix d’ado et quand je suis en forme, la plupart du temps on me dit que ça ressemble à du Henri Salvador. C’est un super compliment pour moi, car j’adore ce musicien qui est l’un des plus grand crooneur du monde ! Donc, je réponds oui, je vais poursuivre mon boulot de trompettiste chanteur, mais uniquement dans le cadre de « Manioc Poésie ».

LBB - Peux-tu nous dire un mot sur les "nouveaux venus", qui n'en sont pas vraiment d’ailleurs... En particulier ce disque met en valeur le chant de Keyko Nimsay.

FrN - La voix qui chante vraiment, c’est celle de Keyko Nimsay. Elle apporte un son nouveau, riche en émotions et en accents ethniques des hauts plateaux d’Algérie ! Cette atmosphère qui nait du mélange de sa voix nord-africaine et du gwoka guadeloupéen donne, selon moi, quelque chose de tout a fait original et inédit. Dans tous les concerts que nous avons faits avec « Manioc Poésie », les gens ont adoré ce mélange voix africaine et ka. Et ceci, est tout à fait en accord avec la philosophie du groupe : pratiquer un métissage culturel pour facilite le rapprochement des peuples et œuvrer en faveur de la paix et de la fraternité !

LBB - Le choix de Jean-Christophe Maillard, qui pose une guitare véritablement exceptionnelle dans cet album, semblait tout indiqué...

FrN - Jean-Christophe Maillard est un grand guitariste et un accompagnateur de rêve pour moi ! Depuis que j’avais écouté son travail avec le gwoka sur son premier disque intitulé « Ka Suite », je n’avais qu’une envie, l’appeler pour jouer avec moi sur un projet Jazz-Ka ! J’étais sûr qu’on s’entendrait bien car nous avons beaucoup de points communs. C’est un musicien très sensible et très fin. Sa virtuosité est toujours au service de la musique. J’adore comme il accompagne les lignes mélodiques de ma trompette et la façon avec laquelle il se pose rythmiquement sur le ka ! Il travaille toujours en finesse, c’est un véritable artiste !

LBB - Je n'oublie pas ton nouveau contrebassiste, encore jeune, mais déjà très intégré au groupe.


FrN - Voici la révélation du groupe : Fréderic Léger est en effet un jeune contrebassiste de 25 ans, qui groove avec une aisance tout à fait naturelle, sur des grilles harmoniques très complexes, comme celles de Giant Steps ou de Moments notice, et ceci tout en restant dans le swing du gwoka ! Il n’a que deux ans de contre basse et deviendra à coup sûr, avec du travail et de l’acharnement, un Lonnie Plaxico guadeloupéen !

LBB - Il s’agit toujours de Jazz-Ka, et la rythmique y est donc primordiale.


FrN - J’ai avec moi mes amis de toujours, ceux sans qui l’aventure du Jazz-Ka n’existerait pas : Louis Allèbe Montjoly de Montaigne aux percussions, balafon, kalimba et tablas, Sonny Troupé, le surdoué du tambour guadeloupéen, qui fait un travail extraordinaire sur ce disque. Je peux dire encore une fois : « Bravo Sonny, pour tes solos uniques et originaux, ton inventivité est trop puissante ! ». Et puis son acolyte, Michael Voitus, qui fait groover le boula d’une manière très spéciale et très africaine ! J’ai une mention très spéciale, pour le très jeune Arnaud Dolmen, qui n’a que 18 ans, et qui séduit les foules dès qu’on joue sur scène. Sa frappe est sèche, dynamique et pleine de fougue. Il a des idées tout à fait nouvelles, qu’il explore de jour en jour. Il a fait crier à plusieurs reprises le public du Sunset. Il est vraiment le jeune espoir du Jazz-Ka. Son talent est surprenant et grandissant ! Je salue également le talent de notre ingénieur du son fétiche, Cédric Louis, qui a travaillé sans relâche jusqu’aux confins de la fatigue extrême pour enregistrer les dix-sept morceaux du disque ! Il manie l’informatique avec génie et perfection et son mixage de l’album est extrêmement pointu ! Il a vraiment saisi l’esprit du Jazz-Ka !

LBB - Tes projets semblent désormais s’enchainer à un rythme soutenu, quelle est la suite prévue ?

FrN - Et bien, l’aventure du Jazz-Ka se poursuit, grâce notamment à notre producteur allemand, Martin Hoffmann, qui vient de créer le Label Jazz-Ka à Berlin ! Ensemble, nous allons donc sortir « Jazz Ka Philosophy 1 » dans les mois qui viennent. Le prochain projet de disque sera celui de la « Fanfare Ka », qui connait déjà un vif succès sur les scènes des clubs et des festivals en France et en Allemagne avec la participation du très jeune et très talentueux Sylvain Joseph au sax alto from Guadeloupe !


Propos recueillis par Christophe Jenny - avril 2006

Biographie |"Maman Gwada"| Interview | "Jazz Ka Philosophy " | "Papillon Ka "