Al LirvatTrombone |
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Albert voit le jour le 12 février 1916 à PAP. Sa mère, couturière renommée et très sollicitée, le confie à sa sœur et son époux, Savinien Léogane, luthier et vendeur de partitions. C’est lui qui initiera celui qui est encore surnommé Ti Bébert à la musique. A 4 ans, il lui offre une mandoline puis un banjo alto. Ti Bébert grandit en s’imprégnant des conseils et leçons de son oncle. A 11 ans, il maîtrise l’instrument, ce qui lui permet de se divertir quand il n’est pas en classe. Au lycée Carnot où il est élève, il fonde son 1er groupe « Los Créolitos » avec quelques copains de classe, dont certains deviendront eux aussi des musiciens réputés tel Edouard Pajaniandy dit « Edouard Mariépin ». Le petit groupe se produit régulièrement dans les bals, en dehors des heures d’étude. C’est à cette époque, alors qu’il a à peine 16 ans, que le jeune Albert compose « Touloulou » qui restera à jamais l’un des grands classiques du répertoire musical antillais. Sa deuxième composition « Moun a ou cé moun a ou » vient confirmer la première. En 1935, il passe son bac avec succès et décide de poursuivre des études d’ingénieur des transmissions. Le jeune étudiant débarque à Paris… avec sa guitare. Tout de suite, il fréquente les bals antillais et multiplie les contacts avec les musiciens. Son tube « Touloulou » l’a précédé et est déjà joué par tous, à son grand étonnement. Sa réputation de jeune compositeur talentueux lui ouvre nombre de portes où la musique traditionnelle antillaise est jouée. Il fait la connaissance du Martiniquais Pierre Louise dit « Pierre Louiss » ( le père du célèbre organiste Eddy Louiss ) dans le cadre du Racing Club Antillais où Al est gardien de but. Tous deux sont guitaristes amateurs et ont une passion pour le jazz en général et Louis Armstrong en particulier. Al et Pierre deviennent donc amis et, chaque fois que possible, ils se retrouvent au domicile de Pierre où ils composent et jouent ensemble. De leur complicité naîtront des morceaux uniques tels que « swing but sweet » ou « cet air convient à ma mélancolie » enregistrés chez Odéon en 1939. Cette année-là aussi, Al fait un remplacement dans l’orchestre de Fructueux Alexandre dit « Stellio » et voit le légendaire clarinettiste s’effondrer sur la scène, victime d’un malaise cérébral dont il devra décéder quelques semaines plus tard. En août 1939, Al décroche
son diplôme d’ingénieur et décide de rentrer
en Guadeloupe avec la ferme intention de ne plus en repartir. Mais la
guerre éclate alors qu’il vient juste de retrouver son île
natale. En 1941, son ami le saxophoniste guadeloupéen Félix Valvert lui vient en aide et lui propose une place dans son orchestre à la Boule Blanche. C’est celui ci qui incitera Al à apprendre le trombone et lui offrira son premier instrument et ce sera le début de sa carrière de musicien professionnel. Al va alors s’entraîner avec acharnement, répétant inlassablement au grand dam des locataires de son immeuble, et se révéler très vite excellent dans la pratique de cet instrument au point d’être sacré, deux ans seulement après, meilleur trombone de France par le Hot Club de France. Mais à Paris la situation est périlleuse, les Allemands font la chasse aux musiciens Noirs et les rafles sont fréquentes. Félix Valvert décide alors de rejoindre la zone libre en réunissant les meilleurs musiciens antillais. Al, guitariste débutant au trombone, en fait partie, de même que Robert Mavounzy, Eugène Delouche ou encore Claude Martial. En 1942, Al accompagne la grande Edith Piaf à l’Odéon à Marseille.
En 1948, Dizzy Gillespie, l’un des chefs de file du mouvement cu-bop , vient présenter son projet à Paris. Al assiste à plusieurs concerts à la Salle Pleyel et lui vient l’idée de la biguine Wabap inspirée du be-bop. La recette est simple et efficace : harmonie dissonante et polyrythmie avec des thèmes de 32 mesures, chants de basse et jeu de pédale charleston pour couronner le tout. Le résultat : quelques uns des plus beaux joyaux du patrimoine musical antillais parmi lesquels on peut citer « tou sa cé pou doudou », « kay fèw », « Gwadloup an nou », « biguine lontan », « ti commission la ». Bien entendu, c’est la rançon des pionniers, Al sera très critiqué par ses pairs antillais qui ne comprenaient pas sa démarche. Mais Al n’en aura cure et continuera à vouloir aller toujours plus loin dans ses recherches. Il faut dire qu’Al avait acquis une culture musicale des plus complètes, en étudiant seul des traités d’harmonie pratique et de théorie musicale. Il pouvait écrire des arrangements d’une complexité incroyable pour des orchestres complets. En 1954, il revient à la Cigale pour jouer avec le trompettiste de jazz américain Jack Butler. Puis en 1955, il prend la direction de l’orchestre de ce lieu mythique et la gardera jusqu’à sa fermeture en 1975. A cette même époque il collaborera avec Moune de Rivel, Sylvio Siobud, et accompagnera Joséphine Baker en tournées internationales et à l’Olympia. En 1969, il crée le « kalangué », deux temps d’after beat inspiré du jazz et deux temps de biguine. Ces compositions resteront 6 ans dans les cartons. Il enregistre également avec Emilien Antile, Alain Jean-Marie, Michel Sardaby, André Condouant. Plusieurs d’entre eux alors jeunes talents émergents arrivent directement des Antilles à la Cigale et vont faire leurs débuts sous sa houlette. En 1983 Al, toujours animé par la
volonté de rénover et faire évoluer les rythmes antillais,
crée la « biguine-ka » ou « béka »
mélange de biguine et de mazurka. L’exceptionnelle longévité
de sa carrière, l’immense richesse de son œuvre (qu’on
estime aujourd’hui à plus de 300 compositions dont certaines
encore inédites), lui ont valu de nombreuses distinctions. Il faut
ajouter encore qu’Al a dirigé l’orchestre de la comédie
musicale « l’Île heureuse » en 1980, qu’il
a longuement collaboré avec le clarinettiste martiniquais Barrel
Coppet avec lequel il a enregistré plusieurs fois, qu’il
a fait du théâtre, du cinéma. On se souvient de son
rôle dans le film « Siméon » d’Euzhan Palcy
tourné en 1992. A la fin de sa vie, Al composait encore, extirpant
de ses nombreux papiers des paroles écrites par son ami et voisin
Jacques Prévert pour en écrire la musique. Il avait une
mémoire incroyable, un humour décapant, un sens appuyé
de la taquinerie, une grande gentillesse et une immense humilité.
Comme dans « Siméon », Al a souhaité être
incinéré et que ses cendres soient dispersées au
large de son île natale.
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Texte Nelly Martin - août 2007 Photos Jocelyne Béroard |
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Discographie (extraits) : |
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Great Creole Jazz - 60's - Al Lirvat, Robert Mavounzy, Alain Jean-Marie | ||
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Incredible Biguine Jazz - 60's - Al Lirvat et son orchestre, avec Benny Waters, Ch. Mourinet, Pierre Jean-Louis, René James, Harols Smith | ||
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Josy Masse - 1971 - avec Al Lirvat quintet | ||
| Blowin at the Cigale - 1972 - Al Lirvat & Robert Mavounzy quintet - Jam sessions in Paris 1946-1949 - avec Xavier Cambon, Wolf Schubert, Jack Lewing, Michael Silva | |||
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Biguine, toubonnement - 1974 | ||
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Biguine Wabap - 1977 - Al Lirvat et son trio antillais wabap | ||
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Wabap - 2002 - avec Al Lirvat, Bago, Mario Canonge, Jean-Philippe Fanfant, Alain Jean-Marie, Kali, Hervé Laval, Mario Masse, Jean-Claude Montredon, Roger Raspail, Dédé Saint-Prix, Ralph Thamar, François Théberge, Eric Vinceno... | ||
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Hommage à Al Lirvat - 2006 - Debs music - avec Max Severin, Tanya Saint-Val, Steeve Marty, Klod Fostin, Henri Debs, Al Lirvat, André Condouant... | ||
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Le vagabond en cravate - Année ? - Al Lirvat et son orchestre | ||
Sur le Web :
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